Tout sur le silure.

Comme beaucoup d’entre nous, je me suis longtemps posé beaucoup de questions sur le silure. Partagé entre les « ont dis », « moi je sais » ou « je connais quelqu’un qui sait » etc. J’ai décidé de faire les recherches moi-même. Sur le net, et quelques coups de téléphone, tout est possible. Je vous livre donc, un résumé de ce que j’ai trouvé. Mes commentaires sur chaque article sont en gras.

  • > 1. Convention de Berne 19/09/79
  • > 2. Site de l’UNPF
  • > 3. Régime Alimentaire
  • > 4. Diversité des Proies
  • > 5. Population et Impact




1) CONVENTION DE BERNE

Commençons par le début, ce qui nous concerne le plus, comment est classé le silure. Malgré qu’il ne soit pas classé officiellement dans une catégorie spécifique, le silure est néanmoins protégé en « annexe 3 » de la convention de BERNE en date du 19/09/79. Comme toutes conventions, ou décrets, lois, j’avoue que ce n’est pas facile de tout lire, j’ai donc, trié les articles qui nous intéressent particulièrement.


> 1) Convention relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l'Europe
> B. Dispositions de fond


> Article 1
> Paragraphe 1
> 17. La Convention préconise la conservation de toutes les espèces végétales et animales et de leurs habitats, indépendamment de leur rareté. Bien qu'il soit clair que la Convention vise en principe à protéger la vie sauvage indigène de l'Europe, il a été décidé de ne pas faire figurer, au paragraphe 1, les mots «en Europe» ou «européennes» pour deux raisons:
> i. pour ne pas limiter l'aire géographique couverte par la Convention au continent européen, étant donné que de nombreuses espèces de flore et de faune d'Europe se rencontrent hors d'Europe;
> ii. pour inclure les animaux migrateurs que l'on ne rencontre pas uniquement en Europe.

Comme il est écrit ci-dessus, la convention souhaite protéger les espèces d’Europe, dont, le silure originaire de l’Europe centrale.


> Article 3
> 22. L'article 3 impose à toutes les Parties Contractantes l'obligation générale de prendre chacune de leur côté, des mesures en matière de conservation de la flore et de la faune sauvages et de tous les habitats naturels en général

Je pense, que là, il n’y a pas grand-chose à ajouter, tout le monde aura compris.


> Article 7
> 35. Cet article oblige les Parties Contractantes à assurer la protection des espèces de faune énumérées à l'annexe III. Toutefois, étant donné que ces espèces peuvent toutes faire l'objet, à des degrés divers, d'une exploitation légale dans l'un ou l'autre des États, la Convention n'exclut pas la possibilité pour chaque Partie Contractante de permettre une telle exploitation, à condition qu'il s'agisse d'une espèce dont la population sur son territoire n'est pas menacée et que l'exploitation ne mette pas en danger cette population. A cette fin, la Partie Contractante surveille l'exploitation et prend, si nécessaire, des mesures plus rigoureuses. L'article a été rédigé de cette manière pour laisser aux États une marge de manœuvre vis-à-vis des espèces qui peuvent, de temps à autre, ne pas être directement menacées.



Tout comme pour l’article au dessus de celui-ci, les textes sont clairs et sans équivoque. Dans le deuxième paragraphe, il est clairement écrit « et que l'exploitation ne mette pas en danger cette population. A cette fin, la Partie Contractante surveille l'exploitation et prend, si nécessaire, des mesures plus « rigoureuses » j’en déduis qu’il me parait difficile de classer le silure nuisible en l’état actuel des textes.


> Article 9
> 39. Chaque Partie Contractante peut, sous deux conditions générales et sous certaines conditions spéciales, déroger aux obligations qu'elle a acceptées en vertu des articles 4 à 8. On a considéré que la capture ou la mise à mort d'espèces protégées de faune pour des raisons humaines ou humanitaires constitue une pratique acceptée qui n'exige pas de disposition spécifique dans la Convention et qu'il pouvait y avoir des cas d'urgence dans lesquels des dérogations devraient être faites sans que toutes les conditions prévues soient réunies (pour la lutte contre la rage, par exemple). >

Donc, ceux qui souhaitent classer le silure nuisible, devront trouver une raison humanitaire pour y arriver, ou, prouver d’une manière scientifique, qu’il est responsable d’un désordre écologique.


> Annexe III – Espèces de faune protégées
> 80. En vertu de l'article 7, les espèces de faune énumérées à l'annexe III doivent être protégées, mais une certaine exploitation est possible si le niveau de la population le permet.

Le silure étant inscrit sur l’annexe 3, on ne peut être plus clair.

  • > APPENDIX III / ANNEXE III
  • > Status in force since 1 March 2002. Appendices are regularly revised by the Standing Committee.
  • > Etat en vigueur depuis le 1er mars 2002. Les annexes sont régulièrement révisées par le Comité permanent.
  • > PROTECTED FAUNA SPECIES / ESPÈCES DE FAUNE PROTÉGÉES
  • > SILURIFORMES
  • > Siluridae
  • > Silurus aristotelis
  • > Silurus glanis

Le Silurus Aristotelis, est une espèce de silure, cousin du silure que nous connaissons.


J’avais en ma possession, le tableau avec les dates de ratifications de chaque pays membre ayant accepté cette convention, certain des liens que j’avais ne fonctionnant plus, je ne peux malheureusement vous donner la date à la quelle la France a signé ce traité. Il existe la convention de Washington, que je n’ai pas encore lu, je vous tiendrais au courant de ce qui y est dit, si certains passages nous intéressent.

Voila, un bref résumé de ce qui nous intéresse pour ce qui est de la convention de BERNE.

A présent, parlons du silure lui-même.




2) SITE DE L’UNPF

Un peu d’histoire… En 1851, le zoologiste Valenciennes fit venir des silures de Berlin au Muséum d'Histoire Naturelle. En 1857, ce carnassier géant fut introduit dans le Doubs. Voilà pour l'histoire ancienne d'un poisson qui passe parfois pour un requin d'eau douce, ce qu'à l'évidence il n'est pas. « Au contraire de sa légende, le silure n’a rien de comparable à un requin d’eau douce. A commencer par ses dents qui sont minuscules et forment des sortes de râpes. C’est un géant paisible qui affectionne les fosses profondes des grandes rivières. Le plus gros silure connu mesure 4.50M pour 300KG pêché au filet en Russie, dans le Dniepr. »

Lors de son introduction en France en 1857, si le silure vivait bien dans nos eaux, sa reproduction naturelle était quasiment nulle, le milieu aquatique de l’époque, ne lui convenait pas. Au fil des années, avec le réchauffement climatique, et surtout, dus aux modifications apportées aux rivières, le silure a trouvé son équilibre. Aujourd’hui, le silure se reproduit relativement bien sous nos latitudes.




3) REGIME ALIMENTAIRE

Ha, le sujet qui fâche…..On sait aujourd’hui, que le silure ne mange pas son propre poids de poisson par jours. Si si, je vous le jure, c’est prouvé……..

Tiré du dossier CARNAVENIR « le silure nuisible ? »

Un silure adulte entre 1 et 2,50m grossit d’environ 3 à 4 kg /an en milieu naturel (selon diverses études, dont celle Tanzilli / Caillère Université de Lyon), le grossissement est donc assez constant quelque soit la taille du poisson. Les gros sujets sont naturellement moins actifs que les plus petits, mais s’attaquent éventuellement à de plus grosses proies. Le taux de transformation pour le Silure, est d’environ 10% en rivière, ce qui donne un ordre d’idée de 50 kg/an maximum de nourriture ingérée, pour un silure adulte, ce qui est relativement peu. Et les poissons ne constituent qu'une partie de cette alimentation, qui comprend de nombreux invertébrés (coquillages, écrevisses notamment).

Ce qui rejoint mes propres recherches au près de l’aquarium de Touraine, où j’ai eu la possibilité de discuter avec le soigneur du bassin silure. Après une longue conversation, et un calcul approximatif, en fonction des poissons présents dans le bassin/quantité de nourriture donné sur une année, j’en étais arrivé à une moyenne de 1 fois son propre poids de nourriture par an. Ce qui fait, un silure de 2 mètres (taille moyenne des silures dans le bassin), pèse environ 50kg et mange donc, comme le dis CARNAVENIR, 50kg maxi, ce qui se recoupe avec les infos que m'a transmit le soigneur. A savoir, que ce chiffre peut varier sensiblement selon l’âge du poisson et le milieu dans le quel il évolue.




4) DIVERSITE DE PROIES

Le silure est un carnassier, ce n’est pas un scoop. De fait, il se nourrit de nombreuses espèces de poisson, pour ne pas dire toutes. Toutefois, il ne faut pas oublier que le silure est un poisson opportuniste, et fainéant. Il préférera s’attaquer à une brème malade sous sa gueule que de courir après un gardon bien vivant. De là, à s’exclamer qu’il « bouffe tout les brochets », il y a des limites, même si il peut lui arrivé de se délecter d’un brochet ou d’un sandre, je vous invite a consulter le tableau II en page 4 sur « Le Silure glane, Biologie, Colonisation et Impact », 1998, Philippe TIXIER, Maîtrise de Biologie de l’Université Paris IV. Vous constaterez, que… Tous le monde sait (enfin je pense) que le silure et le brochet ne fréquentent pas les mêmes zones, sauf, durant la reproduction du silure qui se rapproche des berges de mai a juillet selon le milieu et la température de l’eau. Nous pouvons remarquer, que sur les prélèvements stomacaux effectuer, durant 4 mois, et pendant la période de fraie du silure, aucun brochet, ni même de sandre n’ont été retrouvé dans l’estomac des silures. Que doit on en déduire ?




5) POPULATION ET IMPACT

Si nous ne pouvons connaître avec exactitude la population de silure, elle peut être estimer par les pêches effectuer par le CSP. Je vous invite a consulter une fois de plus le tableau ANNEXE de la page 8 toujours dans « Le Silure glane, Biologie, Colonisation et Impact », 1998, Philippe TIXIER, Maîtrise de Biologie de l’Université Paris IV. Résultat des pêches électriques et trémail réunis, sur la seille en 1986-1987.

  • > Année 1986 :
  • > Brochet : 43
  • > Sandre : 29
  • > Silure : 20
  • > Année 1987 :
  • > Brochet : 48
  • > Sandre : 10
  • > Silure : 4

Nous pouvons constater que le brochet et le sandre n’est pas en si grand danger, Car ils restent majoritaires deux années de suite. Toutefois, si la population de ces deux espèces ne souffre pas sur la seille, il en est autrement sur de nombreux cours d’eau. Il faudrait peut être se poser la question du pourquoi ici, et pas là….
Est ce dus a la présence du silure ? A l’impossibilité de survie de l’espèce ? (Frayères, habitat etc.)
Cette question est malheureusement jamais soulevée, mais plutôt évité.

Prenons à présent exemple sur le site de l’APNLE, concernant l’introduction de silure dans l’étang du bois de Boulogne, je cite ;

Les premières introductions de silures au bois de Boulogne datent de 1988, elles ont été réalisées dans un cadre expérimental sur le plan d'eau de Boulogne. Cette expérience a fait l'objet d'un contrat de suivi piscicole de 4 ans avec le Conseil Supérieur de la Pêche, pour éliminer de manière écologique les surpopulations anarchiques de brèmes et d'écrevisses américaines entraînant des déséquilibres biologiques sur les plans d'eau. L'expérience s'étant avérée concluante, elle a été étendue au lac inférieur, plan d'eau fortement envasé et eutrophisé, en total déséquilibre où les espèces précitées trouvaient un terrain favorable à leur prolifération au détriment des autres espèces.

Aujourd'hui ce plan d'eau a retrouvé son équilibre : de 3 espèces présentes en 1990 nous en trouvons 10 en 1996, la réputation de ce lac sur le plan halieutique a même dépassé nos frontières, de nombreux pêcheurs étrangers de passage à Paris fréquentent régulièrement ce lac, notamment à l'occasion des "24 heures de pêche de Paris".

Que doit-on en conclure ?

Au vus de l’expérience de l’APNLE comparé a l’expérience d’un certain plan d’eau, relaté par un président de fédération de pêche ou cette même expérience a révélé être une catastrophe ?

Je dirais tous simplement, que la différence, et évidement, la réussite de l’un et l’échec de l’autre, s’explique par le fait, que l’APNLE a demandé l’aide, le conseil et le suivi de cette introduction à des professionnelles, soit, le CSP. L’autre, a introduit sauvagement des silures, et s’est inquiété de ce que ça avait comme impact, 12 ans plus tard… Aucune pêche, ni vidange n’a eu lieux durant cette longue période… (à ma connaissance) Aucun renseignement n’a été pris, ni à la fédération de pêche, ni même au CSP. Quelle expérience devons-nous prendre en compte ? Je vous laisse en juger…

Sur les grands fleuves, l’impact semble être presque nul, hormis le fait que le silure a vivement contribué à la régulation du poisson chat et des écrevisses américaines, dont il est très friand. Il va de soit, qu’il faut néanmoins continuer à surveiller l’évolution de l’espèce.

Je vous renvois une fois de plus à « Le Silure glane, Biologie, Colonisation et Impact », 1998, Philippe TIXIER, Maîtrise de Biologie de l’Université Paris IV. Page 10, il y a un tableau avec le résultat des captures déclarées, issues des carnets de pêche volontaire, par les pêcheurs pro sur le bassin Rhône-Saône en 1994. On peut y lire :

  • > Cyprins : 55 tonnes
  • > Carnassier : 11 tonnes
  • > Poisson de fond : 10 tonnes
  • > Anguille : 10 tonnes

Nous pouvons constater que la population de poisson blanc est loin d’être en danger, que la capture de carnassier représente quand même la bagatelle de 11 tonnes et presque autant d’anguille. Soit en tout, 86 tonnes de poissons prélevés, et cela, uniquement par les pécheurs pro, ayant bien voulu communiquer le résultat de leurs prises, il faut donc ajouter à ce chiffre, les prises des autres pécheurs pro. Nous pouvons nous demander qui est le plus nuisible des deux ? Il serait très intéressant d’avoir ces chiffres sur plusieurs années consécutives, ce qui permettrait d’avoir une estimation réelle de l’évolution du stock de poisson, mais, cette information est confidentielle, et non divulguée. Dommage… Donc, sans vouloir jouer le scientifique, comment faire pour connaître l’impact réel d’une espèce sur le milieu, si chacun garde ses informations précieusement pour lui ?

Voila, j’ai fait une synthèse rapide des documents que je vous ai communiqué, sans rentrer dans les détails les plus connu, j’ai préféré expliquer les quelques points qui nous intéresse le plus, ou qui peux être utile au plus grand nombres d’entre vous. Je me suis appuyé principalement sur le document « Le Silure glane, Biologie, Colonisation et Impact », 1998, Philippe TIXIER, Maîtrise de Biologie de l’Université Paris IV. Seul document en ma possession qui soit aussi détaillé, et qui me sert de comparatif avec ceux que je trouve ailleurs. Je vous conseil vivement de le lire. Merci à ;

  • > Philippe TIXIER,
  • > Le site de l’UNPF,
  • > Le site de l’APNLE,
  • > CARNAVENIR/UNPPDS,
  • > Et tous ceux qui ont contribué à l’élaboration des dits documents.

Vous trouverez tous les documents qui m’ont permit de rédiger cette analyse sur les liens ci-dessous.

http://ecuelles.chez-alice.fr/dossiersilure/liens.htm

PS : Si certain d’entre vous possède des documents ne figurant pas ici, je suis preneur, si certains ont des commentaires et/ou corrections à faire, ne vous gênez pas de me le faire savoir. Personne n’est parfait ;-)